SOCIETE DE PRODUCTION FESTIVAL DU FILM LIBANAIS
ENGLISH 
 
 
 
 
 

Extrait de l’Edito 2008 par Philippe Azoury

Une question anime, depuis un ou deux ans, le milieu cinéphile européen : «à quoi servent les festivals?». Typiquement le genre d’interrogation existentielle qui n’a de sens que si vous habitez un pays où les salles d’art et essai pullulent, où les télévisions assurent, et où les catalogues dvd sont remplis de chefs d’œuvres jusqu’ici introuvables. Tout cela additionné offre une telle gamme de films que vous ne savez où donner de la tête: à quoi bon en plus aller découvrir un film dans un festival?

Quand on vit dans un pays où le parc des salles d’art et essaie est insuffisant, où les programmes de télévision sont nuls et où l’information sur un certain type de cinéma d’avant garde a du mal à venir jusqu’à vous, l’utilité d’un festival de cinéma s’impose d’elle même. Son existence est une nécessité.

A fortiori quand ce même pays abrite en son sein une cinématographie jeune, forte, vive, comptant en son sein un nombre sans cesse croissant de cinéastes, de documentaristes, de plasticiens qui pratiquent la vidéo art, ou l’animation, tous ne demandant tous qu’une chose : qu’on leur offre un ou des moments dans l’année pour présenter leur travail en regard de celui des autres. Un rendez-vous où ils seraient aussi au contact d’autres cinéastes venus d’autres cinématographie, avec d’autres manières de faire.

L’existence d’une scène cinématographique libanaise n’est pas un mirage, ou une invention journalistique. Bien sur, chaque réalisateur en contestera la légitimité (ils sont mieux placés que quiconque pour savoir qu’on est très seul au moment d’écrire un film), mais les choses sont là : on n’a jamais autant tourné au Liban, et jamais autant de libanais n’ont fait de films de par le monde. Dans un petit pays de 10.452 km2 de superficie, cela accouche obligatoirement d’une scène –avec ses connexions, ses interrogations communes, son émulation, ses collaborations, ses jalousies aussi. Une scène a besoin, pour exister, d’un ou plusieurs théâtres, de quelques moments de représentation. Né.à Beyrouth en est un. Pour la septième fois maintenant.

On connaît tous le petit jeu du billet d’ouverture qui consiste à révéler avant même la première projection un aperçu des tendances lourdes qui circuleront entre les films. On pourrait vous dire, après avoir vu bon nombres de films d’ores et déjà sélectionnés, que cette année le spectre de la guerre s’éloigne un peu, et plus d’un cinéaste semble désormais occupé à vouloir donner des nouvelles de la façon dont la vie continue, reprend. On pourrait titrer, en s’inspirant du beau film de Rossellini : Beyrouth Anno Uno. Ca aurait de l’allure. Mais ce serait aussi purement artificiel. Une fois encore, les grandes lignes secrètes du festival se révèleront toutes seules, dans le temps direct de la projection, au croisement des films. C’est tous ensemble dans une salle que nous verrons des correspondances surgir d’elles-mêmes, nous sauter aux yeux en écho à ce que nous aurons collectivement sentis.